Sur les pas du bien-aimé Mohammed (BP sur lui) 14/23

Publié le

 
Episode14 : Le Prophète (BP sur lui) et les tribus
 
Introduction :
Dans notre récit, nous sommes à la dixième année de la Mission et les polythéistes de la Mecque n’abandonnaient pas l’idée de tuer le Prophète (BP sur lui) tandis que lui et d’après son plan, préparait sa Hidjra (émigration vers Médine) depuis trois ans. Il ne négligeait aucune occasion de présenter l’Islam et il profita de la saison du pèlerinage pour l’exposer aux tribus qui affluaient vers la Mecque. Il aborda vingt-six tribus en dix jours avant que la dernière ne l’accepte et le suive. Chacune d’entre elles eut une réaction différente mais le Messager (BP sur lui) ne désespérait jamais. L’objectif était clair devant lui et il n’a jamais désespéré malgré les immenses difficultés et la méchanceté des gens envers lui. Il a dû les endurer pour préserver cette religion et nous la faire parvenir
Nous devons prendre l’exemple de la détermination du Prophète (BP sur lui) et repousser le désespoir dans les moments difficiles. Je dis cela aux jeunes qui ne trouvent pas de travail, aux parents qui élèvent leurs enfants, à tous les éducateurs, aux élèves qui échouent aux examens et à tous ceux qui se retrouvent devant une porte fermée. Quel que soit le nombre d’échecs, il faut savoir recommencer parce que le Messager en a essuyé une multitude avant de réussir et cela n’est nullement honteux. Le premier échec qu’il avait subi était avec sa proche famille ensuite avec les gens de sa communauté. Pendant cette saison du pèlerinage, il allait échouer avec vingt-cinq tribus avant de réussir avec la vingt-sixième qui venait de Médine. Il nous donne le modèle à suivre d’un homme déterminé qui réussit à force de planification et d’efforts sans attendre les miracles.
La première tribu que le Messager (BP sur lui) avait abordée pendant le pèlerinage fut celle des Banou Hanîfa où allait apparaître plus tard Moussaïlama le menteur. Ils ont été tellement rudes avec le Prophète qu’aucun rapporteur de hadith n’a jamais voulu répéter leurs paroles. Il essaya ensuite avec la tribu des Banou ‘Abdillâh dont la traduction littérale du nom est “les fils des serviteurs d’Allah”. Le Prophète (BP sur lui) qui abordait toujours les gens avec des bonnes paroles leur dit : “Allah vous a donné un beau nom, ayez foi en Lui.” Mais il n’eut pas de succès avec eux non plus.
Ensuite, le Messager s’en alla vers la tribu de Bani ‘Âmer ibn Ça‘ça‘a. Parmi les hommes de cette tribu il y avait un perspicace appelé Ibn Firâs qui, en entendant le Prophète parler, dit à son voisin: “Par Allah, si je m’alliais à ce jeune homme, je dominerai les Arabes.” Se tournant vers le Messager il lui dit : “Si jamais nous te soutenons, règnerons-nous sur les Arabes après toi ?” Naturellement le Prophète (BP sur lui) leur répondit : “La royauté appartient à Allah qui la place où Il veut.” Le pacte ne pouvait aboutir parce que le Messager voulait construire l’Islam sur une base de principes solides et non sur les convoitises humaines.
Après, ce fut le tour d’une autre tribu toujours issue des Bani Kalb et qui avait pour chef un homme appelé Bougra ibn Qaïs qui était absent lorsque le Messager (BP sur lui) avait abordé les membres de sa tribu. Les jeunes hommes de cette dernière s’enthousiasmèrent à l’écoute des paroles du Prophète (BP sur lui) et pensaient s’allier à lui mais leur chef remit tout en question à son retour. Il s’informa de cet homme en conversation avec les gens de sa tribu et lorsqu’ils lui apprirent ce qui s’était passé, il leur dit : “Vous ne pourrez retourner chez vous avec pire que cet homme.” Par égard pour Qoraïche, il refusait l’Islam et empêchait ainsi tout le bien qui pouvait survenir à son peuple. Ensuite, il s’adressa durement au Prophète (BP sur lui) et menaça de le tuer. Le Messager (BP sur lui) attristé remonta sur son chameau auquel l’homme donna un coup avec la pointe de son bâton. La bête se cabra, fit tomber le Messager et l’homme se mit à rire. Une femme de cette tribu, en visite chez les siens mais qui vivait à la Mecque et qui avait embrassé l’Islam en cachette, fut témoin de cette offense envers le Messager et se mit à invectiver tous ces gens et trois hommes encouragés par ses paroles se levèrent pour protéger le Prophète et repousser Bougra. Trois autres se levèrent pour défendre leur chef et tous se mirent à se battre. Le Messager les regarda et fit des invocations pour les premiers et appela le châtiment d’Allah contre Bougra et ses alliés. Plus tard, les trois défenseurs du Prophète avaient embrassé l’Islam et étaient morts en martyrs tandis que Bougra et ses amis eurent une fin atroce.
Qoraïche profitait de la saison du pèlerinage pour honorer ses idoles et celles des autres, s’attirer ainsi leurs grâces et faire prospérer son commerce, tandis que le Prophète (BP sur lui) l’utilisait pour convaincre les tribus d’adhérer à l’Islam. Son quatrième essai n’avait pas réussi et, de plus, Abou Lahab marchait derrière lui et disait à tous ceux qu’ils rencontraient : “Je suis son oncle, ne le croyez pas, il est fou.”
Sans désespérer, le Messager s’en alla vers une cinquième tribu du nom de Bani Chaïbân qui vivait dans la région entre la Syrie et la Perse et avait des relations commerciales avec cette dernière. Trois de ses chefs, Maghroûq ibn ‘Âmer, Hâni’ ibn Qoubaïssa et Al-Mouthanna ibn al-Hârith étaient raisonnables et sages. Abou Bakr qui était expert dans la généalogie des tribus arabes avait avisé le Messager que c’était une tribu honorable et que son alliance pouvait être très profitable à la diffusion de l’Islam. Il commença lui même à parler et demanda aux trois hommes combien de combattants ils avaient et quelle était leur force. Ils répondirent : “Nous avons parmi nous plus de mille guerriers. Nous faisons ce que nous pouvons dans la bataille et le triomphe vient d’Allah.” Il leur posa encore une question : “Comment êtes-vous face à l’ennemi.” Ils répondirent : “En état de grande colère et nous préférons les chevaux aux enfants et les armes aux récoltes.” Maghroûq regarda vers le Prophète et lui demanda : “Es-tu le frère de Qoraïche ?” Le Messager n’était pas encore connu et Abou Bakr, agacé par le ton cavalier de l’homme répondit : “N’avez-vous pas su qu’il est le messager d’Allah ?” L’homme dit : “Nous avons appris qu’il prétend l’être.” S’adressant au Prophète, il lui demanda : “Que veux-tu ?” Le Messager (BP sur lui) jamais découragé par les offenses répondit : “Allah m’a chargé de communiquer Son Message aux hommes et les gens de Qoraïche se sont unis contre moi. Je vous demande de m’abriter et de me protéger et Allah est Tout-Puissant et Plein de grâces.” Il demandait leur secours mais rappelait que Allah était le vrai protecteur et qu’il comptait sur Lui en premier lieu. Maghroûq lui dit : “Et que dis ton message ?” Le Prophète (BP sur lui) se concentra sur les principes moraux du Message et récita ces versets du Coran – qui peuvent être traduits par -: “«Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit: ne Lui associez rien; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N'approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. Ne tuez qu'en toute justice la vie qu'Allah a fait sacrée. Voilà ce qu'[Allah] vous a recommandé de faire; peut-être comprendrez-vous.Et ne vous approchez des biens de l'orphelin que de la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité. Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez, soyez équitables même s'il s'agit d'un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Allah. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous. " (TSC[i], Al- " (TSC, Al-'An`âm (LES BESTIAUX) : 151, 152).
Le visage de Maghloûq s’épanouit et, désirant entendre plus de Coran il dit : “Et quoi encore ?” Le Messager reprit : “Certes, Allah commande l'équité, la bienfaisance et l'assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l'acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez. " (TSC, An-Nahl (LES ABEILLES) : 90).
Remarquez le choix du Prophète pour les versets. Il insistait sur les principes moraux. Al-Mouthanna ibn al-Hârith dit : “Nous avons entendu tes paroles, frère de Qoraïche. Mais cela serait de l’imprévoyance de notre part si nous nous mettions d’accord avec toi après une seule rencontre et la précipitation est dangereuse. Prenons le temps de réfléchir et revoyons-nous une autre fois.” Häni’ ibn Qobaïs qui n’avait rien dit jusqu’à présent leva la main pour parler et dit ce qui allait gâter toute l’affaire : “Frère arabe, je pense que les rois n’aimeraient pas ce que tu dis et si les Perses l’entendaient, ils te feront sûrement la guerre. Comme tu sais, notre pays se trouve entre la Syrie et la Perse. Les Arabes finiront par nous pardonner un jour si nous nous dressions contre eux mais les Perses jamais. Nous pouvons te protéger contre les Arabes mais pas contre les Perses.” Le Messager lui dit : “Vous avez dit la vérité honnêtement, mais cette affaire ne peut être mise en morceaux elle doit être prise en entier.”
Le Messager pensait à l’avenir et voulait bâtir une base solide. Il semblait nous dire de prendre l’Islam entier, ne pas en prendre une partie et laisser une autre : Ô les croyants! Entrez en plein dans l'Islam ... (TSC, Al-Baqara (LA VACHE) : 208).
“ ... Croyez-vous donc en une partie du Livre et rejetez-vous le reste? Ceux d'entre vous qui agissent de la sorte ne méritent que l'ignominie dans cette vie, et au Jour de la Résurrection ils seront refoulés au plus dur châtiment ... " (TSC, Al-Baqara (LA VACHE) : 85).
Notre religion exige tout à la fois l’intelligence, la sagesse, la planification, l’éducation des enfants et la mise en valeur de la Terre… Elle ne peut être observée d’un côté et négligée de l’autre.
Ensuite, le Messager (BP sur lui) qui s’était levé pour partir revint leur dire : “Si un jour je triomphe des Perses, me suivrez-vous et louerez-vous Allah ?” Tous répondirent d’une seule voix : “Tu auras cela.” Le Prophète (BP sur lui) n’avait pas voulu partir sans prendre le plus petit bénéfice pour sa Da‘wa (invitation à l’Islam). Voyez-vous sa détermination ? Il ne l’avait pas fait avec les tribus précédentes parce qu’elles ne le méritaient pas mais avec les Bani Chaïbân, cela était différent, ils avaient prouvé leur intelligence et leur politesse dans la discussion.
Le Messager quitta les lieux en répétant : “Ô Prophète! Nous t'avons envoyé [pour être] témoin, annonciateur, avertisseur, " (TSC, Al-'Ahzâb (LES COALISES) : 45). Il dit à Abou Bakr : “Quelle bonnes mœurs ces gens ont !” Il ne refusait pas entièrement l’antagoniste, il savait apprécier ce qu’il y avait de bien chez tout le monde.  
Le Prophète animé par le sens de la persévérance, et comme cette eau qui se bat contre la roche avec assiduité et résignation, partit faire une autre rencontre. Mais cette fois, au lieu de cibler les tribus, il choisit d'approcher des petits groupes de pèlerins qui venaient à la mecque. Il fit la rencontre d'un homme des Bani Mouhârib qui s'appelait Rouqana. Cet homme était le meilleur combattant de toute l'Arabie. Quand le prophète le convia à l'Islam, celui-ci exigea d'abord de l'affronter dans un combat. Le Prophète accepta et l'affronta et gagna. L'homme surpris, demanda de refaire le combat une deuxième, puis une troisième fois et finissait toujours par perdre. Ceci n'amena pas pour autant Rouqana à embrasser l'Islam et le Prophète s'en fut voir d'autres gens.
Ces échecs ne déconcertèrent pas le Prophète qui fit la rencontre d'un autre homme qui s'appelait Sowaïd Ibn As-Sâmit qui se disait être un sage qui s'intéressait à la littérature et qui rapportait les adages et les paroles de sagesse des anciens. Quand le Prophète le convia à l'Islam celui-ci lui dit qu'il connaissait une parole de sagesse plus belle que celle que récitait le Prophète. Alors ce dernier lui demanda de lui réciter ce qu'il connaissait. Sowaïd Ibn As-Sâmit cita les recommandations de Luqman qu'il étudia des livres anciens. Quand Sowaïd termina, le Prophète lui dit : ceci est une belle parole, mais j'ai une parole plus sensée que la tienne, peux-tu m'écouter comme je t'ai écouté ? Sowaïd accepta et le Prophète lui récita quelques versets du coran. Sowaïd fut fasciné par la majesté de ce qu'il entendit et dit : par Allah ceci est plus beau que tout ce que j'ai appris, je témoigne que tu es le messager d'Allah. Mais je suis un homme faible parmi les miens et je ne te serai pas d'un grand secours. Le Prophète accepta sa conversion.
Un jour, un homme du Yémen qui s'appelait Doumâm Al-Azdy se rendit à la Mecque en pèlerin. Il prétendait guérir les malades habités par les mauvais esprits et pratiquait le métier d'exorciste. Quand il arriva à la Mecque, on lui dit qu'il y avait un homme parmi Qoraïche atteint par un mauvais esprit en désignant le Prophète. Alors Doumâm Al-Azdy s'en fut voir le Prophète dans l'intention de le guérir. Arrivé chez le prophète, il s'enquit de son état et lui demanda de quoi il souffrait après lui avoir décliné sa profession. Alors le Prophète souriant, lui dit : écoute ce que je vais te dire. "Louange à Allah, je recours à Lui et je Lui demande de me guider, me pardonner, et me préserver de mes mauvaises actions. Celui à qui Allah montre le bon chemin, il est guidé et celui qui s'égare, n'a ni maître ni conseiller…" Alors Doumâm, saisi par la beauté de ces paroles concises et éloquentes, arrêta net le Prophète et lui demanda de les réciter une deuxième et une troisième fois. Doumâm lui dit : mais qui es-tu ? Le Prophète lui répondit qu'il était le messager de Dieu. Doumâm lui demanda : qu'ordonnes-tu ? Le Prophète répondit qu'il appelait à l'adoration de Dieu, l'unique. Alors Doumâm lui dit : et que dois-je dire ? Le Prophète lui récita les termes de la profession de foi et Doumâm embrassa l'Islam !
Le Prophète fit encore une rencontre insolite. Il rencontra un homme qui s'appelait Toufeïl Ibn Amr. Ce dernier était un poète d'une grande renommée parmi les tribus du Yémen. Quand il arriva à la Mecque, on le prévint d'un Quraychite disait des paroles qui semaient la discorde entres les frères et dans les familles. Toufeïl partit faire les circumambulations à la Ka’ba et mit du coton dans ses oreilles pour ne pas entendre le Prophète ! Arrivé devant la Ka’ba, il vit le Prophète entrain de prier et le reconnut aussitôt. Toufeïl raconta que lorsque il était arrivé près du Prophète, celui-ci éleva la voix en récitant le coran dans sa prière et Allah a fait qu'il entende quelques paroles de ce que le Prophète récitait, il ne se retint pas et décida de s'approcher de lui et de l'écouter. Quand le Prophète acheva sa prière, il se leva et partit. Toufeïl le suivit jusqu'à ce que le Prophète entra chez lui. Alors il frappa à sa porte et quand le Prophète ouvrit, il lui rapporta ce que les Quraychites lui ont raconté à son sujet et comment il avait mis du coton pour ne pas l'entendre.
Quand le Prophète convia Toufeïl à l'Islam celui-ci l’accepta et aussitôt demanda au Prophète ce qu'il devait faire. Le Prophète lui conseilla de rentrer chez lui et de convier les siens à l'Islam, de rester avec eux et de revenir le voir avec sa tribu quand la cause d’Allah triomphera. Toufeïl lui demanda alors d’invoquer Allah pour qu’il lui accorde un signe. Le Prophète pria pour lui et Allah lui accorda une belle voix.
Toufeïl repartit vers sa tribu, les Beni Daws, les appela à l'Islam mais seuls ses parents et un autre homme, Abou Houraïra, répondirent à son appel. Ce dernier sera par la suite un grand compagnon du Prophète. Toufeïl continua à appeler sa tribu durant un an mais en vain. Alors il alla voir le Prophète pour lui dire que les siens ne voulaient par être guidés et s'entêtaient dans leur mécréance. Le Prophète fit alors ses ablutions, leva ses mains vers le ciel et dit : « ô Allah guide les Beni Daws vers Toi. » Il se tourna, par la suite, vers Toufeïl et lui demanda de repartir chez les Beni Daws et de persévérer dans son appel à Allah. Vint le jour où le prophète triompha contre ses ennemis, et que la Mecque fut conquise. A son retour de l'expédition de Khaïbar, le Prophète vit une grande poussière qui s'élevait en face d'eux et quand il s'en enquit, on lui apprit que c'était les Beni Daws qui venaient prêter serment d'allégeance avec à leur tête Toufeïl Ben Amr qui mourut par la suite en martyr.
La saison du pèlerinage s’est achevée, et les pèlerins s’apprêtaient à repartir. Le Prophète fut le dernier à quitter Mina. Les différentes tentatives qu'il a entreprises auprès des tribus venues en pèlerinage à la Mecque ont été infructueuses mais cela ne le dissuada pas de continuer à convier les gens à l'Islam jusqu'au dernier moment. Nous devons apprendre de notre bien aimé ce sens de la persévérance et de la ténacité. Le plus souvent, Allah répond à nos prières et exauce nos vœux longtemps après L'avoir prié, car Il aime ceux qui ne désespèrent pas de Sa miséricorde. Le dernier jour, alors que les pèlerins ramassaient leurs affaires, le Prophète fit la rencontre d'un groupe de six jeunes venus de Yathrib (Médine), de la tribu de Khazraj avec à leur tête As'ad ibn Zourara. Le Prophète les vit chez un coiffeur se dirigea vers eux et leur demanda qui ils étaient. Quand il sut qu’ils étaient des gens de Khazraj il leur demanda s’ils étaient alliés aux juifs et devant leur réponse affirmative il les invita à l’écouter.
Il leur parla et leur récita des versets du coran et les invita à embrasser l'Islam. Le Prophète parlait et les jeunes se regardaient entre eux étonnés. Certains parmi eux dirent aux autres : c'est le Prophète dont nous parlaient les juifs ! Nous ne les laisserons pas nous devancer. Il s'avère que les gens de Médine ont appris des juifs qu'il y aurait un prophète qui viendrait à la fin des temps. Les juifs connaissaient les signes précurseurs précédant la venue de ce prophète et connaissaient bien ses traits et ses qualités mais ne savaient pas qu'il serait arabe. Ils étaient convaincus que ce prophète serait juif car tous les prophètes envoyés après Ibrahim (que le salut soit sur lui) l'étaient. Les juifs de Médine s'en vantaient auprès des arabes et leur disaient qu'ils attendaient sa venue pour combattre à ses côtés contre les arabes.  Cela a fait que les gens de Médine soient les plus disposés parmi les Arabes à recevoir le message du prophète. Telle est la volonté de Dieu de disposer le cours des circonstances pour préparer Médine à la mission d'accueillir le Prophète en son sein.
Mais il existe aussi un autre fait qui appuyait cette disposition des Médinois à recevoir le message. Avant cet événement, Médine a vécu cinq ans d'une guerre atroce entre les deux grandes tribus qui la composaient; les Aws et les Khazraj. Les gens de Médine s'étaient lassés de la guerre qui les avait ravagés et ils étaient en quête de nouvelles choses, ce qui les rendait réceptifs à ce qui pouvait changer leur quotidien. Mais aussi parce que cette guerre a emporté les grands chefs et les grands notables qui étaient susceptibles de s'opposer à la mission prophétique. Les jeunes qui restaient étaient donc réceptifs à cette idée.
Médine était la dernière ville que le Prophète pensait convier, à cause notamment des raisons que nous avons citées. Il pensait que ces deux tribus qui s'entretuaient n'étaient guère les mieux disposées à l’écouter. Mais Dieu, exalté soit-Il, dans Ses desseins avait décidé de destiner Médine à cette noble mission et disposé en elle ce qui allait aider à l'aboutissement de cette grandiose mission. Pour que nous sachions qu'il y a un Seigneur qui régit cet univers et le dispose selon Sa volonté. Pour que nous ayons confiance en Lui, Lui le Mandataire. Nous agissons suivant nos plans, et l'aboutissement vient contraire à nos desseins car Dieu veut que nous nous rendions compte de Son vouloir et de Sa puissance.
Les six jeunes hommes embrassèrent l'Islam et tinrent des propos sensés au prophète. Ils dirent : nous sommes venus à toi alors que nous sommes deux tribus qui se déchirent dans un conflit des plus violents de l'Arabie, peut être que Dieu y mettra fin par ton intermédiaire. Nous reviendrons l'année prochaine. Ces jeunes étaient raisonnables, ils savaient qu'ils étaient tous des Khazraj et qu'ils ne devaient proclamer leur allégeance que lorsque ils auront gagné aussi le ralliement de leurs frères des Aws, sinon ces derniers diront que Mohamed est le Prophète des Khazraj et le rejetteraient.
Le Prophète accepta leur proposition et les exhorta de revenir l'an prochain avec leurs frères des Aws et leur donna rendez-vous au même moment; pour le pèlerinage.
Et en effet, l'année d'après, ces jeunes de Médine étaient revenus mais ils étaient douze, huit de Khazraj et quatre des Aws. C'était la onzième année après la révélation et ils prêtèrent serment d'allégeance. Le serment de ne point tuer, de ne pas voler, de ne pas forniquer, et de ne pas tuer leurs enfants. Remarquons que le Prophète ne leur fit pas faire le serment d'allégeance politique qui consisterait à ce que ces jeunes lui apportent la protection et l'alliance, mais il a choisi de leur parler de ces principes parce que c'était ce dont les Médinois ont plus besoin car ils sortaient d'une guerre et ces maux étaient répandus parmi eux. De sorte aussi à ce que ce petit groupe de jeunes soit un exemple qui inciterait les autres à les imiter attirés par leur bonne conduite. Cela nous sert à nous aussi et à tous ceux qui font de la Da’wa de savoir que nous devons dialoguer avec les gens en ciblant ce qui les préoccupe le plus.
Le Prophète dut encore une fois leur recommander de revenir l'année d’après pour qu'il s'arrange avec eux sur son émigration à Médine. Et aussi pour laisser consolider la foi en eux et gagner d'autres adeptes. Il n'oublia pas d'envoyer avec eux l'un de ses compagnons, celui qui fut le premier ambassadeur en Islam. Mouç'ab ibn 'Oumaïr, le jeune dont nous avons parlé dans les épisodes précédents. Il était très élégant et d'une personnalité forte et paisible, il était issu d'une grande famille et convenait fort bien à cette tâche car le Prophète savait choisir ses ambassadeurs.
Mouç'ab partit donc avec les Médinois et descendit chez As'ad ibn Zourara qui l'accueillit chez lui. Et entreprit de répandre l'Islam parmi les gens de Médine. L'Islam s'ancra donc à Médine grâce à la noblesse des caractères et hautes moralités que prônait Mouç'ab.
Mais jusque là la majorité des convertis étaient des Khazrajs. Les Aws avaient pour chefs As'ad Ibn Houbayr et Sa’d Ibn Mou'âdh qui étaient encore mécréants. Un jour Saâd demanda à Ossaïd Ibn Houbayr d'aller voir cet homme qui est descendu chez Ibn Zourara et qui commençait à séduire leurs jeunes par ce qu'il leur dit. Il lui ordonna d'aller le chasser et de lui interdire la parole parmi les siens.
Quand Ibn Zourara vit Ossaïd qui se dirigeait vers eux, il prit peur et dit à Mouç'ab de prier Dieu qu'il leur apporte Son secours. Ossaïd entra et menaça Mouç'ab de sa lance et lui demanda rudement qui il était et ce qu’il venait faire à Médine et menaça de le tuer s’il ne la quittait pas.
Mais Mouç'ab imperturbable lui dit : je te propose ce qui est meilleur que ce que tu dis. Tu t'assoies et tu écoutes ce que j'ai à te dire, si cela te plait tant mieux, si cela ne te plait pas je m'en irai. Ossaïd accepta et s'assit et écouta ce que lui dit Mouç'ab. Ce dernier se mit alors à lui réciter le coran et le visage de Ossaïd changea. Ibn Zourara raconta et dit : par Allah j'ai su qu'il s'était converti avant même qu'il ne parle tellement l'expression de son visage le laissait paraître !
Ossaïd laissa tomber sa lance et leur demanda ce qu’il devait faire pour embrasser l’Islam. Mouç'ab lui dit qu'il devait prendre un bain rituel et vêtir des habits propres et prononcer la profession de foi et prier deux raka’t.
Ossaïd Ibn Houbayr, aussitôt qu'il avait fait ce qu'on lui a ordonné de faire, dit à ses compagnons : j'ai laissé derrière moi un homme qui, s'il se convertissait, c'est toute Aws qui le ferait. Il pensait à son ami Sa’d Ibn Mou'âdh. Il regagna aussitôt la place où il avait laissé Sa’d. Celui-ci dès qu'il le vit comprit à l'expression du visage de Ossaïd que quelque chose avait changé en lui et il lui demanda ce qu’il apportait. As'ad lui mentit pour qu'il aille lui-même voir et lui dit qu'ils ont obéi à son ordre mais qu'Ibn Zourara ne voulait rien entendre.  Sa’d Ibn Mou'âdh se dirigea aussi vers la maison d'Ibn Zourara où se trouvait Mouç'ab. Arrivé auprès d'eux, il fit le même dialogue que Ossaïd et se convertit à l’Islam.
Sa’d Ibn Mou'âdh retourna chez les siens et leur dit: que connaissez-vous de moi ? Ils lui répondirent qu'il était leur chef respecté et un sage obéi. Alors il leur dit : je ne suis plus des votre et vous n'êtes plus des miens si vous ne dites pas : il n'y a de Dieu en dehors d'Allah. Et les Aws se convertirent tous en obéissant à leur chef Sa’d Ibn Mou'âdh.
Ces trois hommes ne vécurent pas longtemps après la hidjra du Prophète vers Médine. As’ad Ibn Zourara mourut un an après la hidjra. Mouç'ab ibn 'Oumaïr mourut deux ans après et Sa’d Ibn Mou'âdh trois ans après. Comme s'ils ont accompli ce qu'ils avaient à faire et Allah les rappela à Lui.
Sa’d Ibn Mou'âdh était tout particulièrement un grand homme, il s'est converti à l'Islam à l'âge de 30 et il mourut à l'âge de 37 ans. Le Prophète dit que le trône du Seigneur s'est ébranlé à la mort de Sa’d ! Et que soixante-dix mille anges prirent part à sa prière funéraire et à son enterrement !
Conclusion :
Pour conclure, je rappelle la leçon que nous avons apprise aujourd'hui: non au désespoir. Demain nous relaterons l’accord que le Prophète passera avec les Ançars (Musulmans de Médine) pour préparer son immigration vers Médine.

Publié dans Islam

Commenter cet article