LA GOUVERNANCE DE L’ENVIRONNEMENT AU MAROC

Publié le

 
                                                                                                                   PAR M.Rachid BENMOKHTAR
 
 
Il est admis que pour que le développement de l’environnement dans un pays soit efficace, il est indispensable de suivre un certain nombre de règles de base, dont les principales sont :
-         La définition précise des objectifs à atteindre ainsi que des activités à entreprendre.
-         La détermination des mécanismes d’intégration de l’environnement avec les autres composantes économiques et socioculturelles, en application du concept aujourd’hui bien établi du «  Développement Durable ».
-         La promulgation d’un arsenal juridique complet, avec des normes adaptées, et surtout son application.
-         Le recours aux instruments économiques et financiers, comme levier pour gérer le système environnemental.
-         La mobilisation de tous les opérateurs concernés, Administrations, corps élus, secteur privé, ONG, etc.. dans un cadre participatif, cohérent, concerté, responsable et dynamique.
-         Un système de suivi/évaluation continu.
Il va de soit que tous ces éléments doivent rentrer dans un cadre global, cohérent, logique et planifié dans le temps et dans l’espace, en fonction de priorités définies et des moyens disponibles.
L’analyse de la situation actuelle au Maroc, telle qu’elle a été faite par l’Association Ribat Al Fath pour le Développement Durable ( ARFDD), laisse apparaître que de nombreuses initiatives sont entreprises tant par les institutions étatiques que par le mouvement associatif, en faveur d’une plus grande protection de l’environnement et de la promotion du développement durable. Malheureusement, elles relèvent beaucoup plus du « discours » que d’actions concrètes, améliorant effectivement le cadre de vie des populations. La contrainte majeure réside dans la persistance de sortes de conflits entre l’exploitation et la préservation des ressources naturelles, comme en termes de satisfaction des besoins actuels et de ceux des générations futures.
La question qui se pose alors est de savoir si le cadre global requis existe actuellement dans notre pays; autrement dit, dispose-t-il d’une gouvernance environnementale clairement définie.
Avant de répondre à cette question, le conférencier a déclaré se référer aux travaux du Club de l’Environnement de l’ARFDD et au RDH 50.
Le corps de son exposé, et ses réactions aux points soulevés durant le débat, sont regroupés dans trois parties :
-         La Nature et l’Homme
-         La Gouvernance
-         Les défis
 
 
1/ La Nature et l’Homme
L’Homme et les ressources naturelles de la planète Terre (Eau, sol, air, biodiversité, énergie etc..) font partie d’un même système qui appartient, lui-même, à un ensemble plus vaste, le système solaire, l’univers ou plus simplement « la Nature ». Il s’agit d’un ensemble vaste et complexe, non maîtrisable par l’Homme.
Ce dernier, doté d’une intelligence supérieure par rapport aux autres êtres vivants, a pris une attitude de domination, d’exploitant égoïste et même de mépris. Cette attitude a eu des effets néfastes sur les autres éléments de la Nature et l’impact s’est amplifié de manière progressive, au fur et à mesure que l’effectif de la population mondiale augmente, que les technologies d’exploitation se développent (Homme chasseur, agriculteur, industriel) et que l’on se rapproche du mode de vie occidental, actuellement dominant.
Ce mode repose essentiellement sur la croissance de l’économie, qui s’appuie elle-même sur l’exploitation des ressources naturelles et sur l’augmentation de la consommation. L’attention est focalisée sur la satisfaction des besoins immédiats, non seulement dans le système de production, mais même dans le système éducatif; la disparité entre riches et pauvres a elle aussi favorisé ce cercle vicieux de « besoins/exploitation ». Ainsi aucun intérêt n’a été accordé à la pérennité des ressources et à leur renouvellement. 
Face à ce comportement de l’Homme, la Nature qui fonctionne selon ses propres règles, comme celles de la « décroissance » et de « l’irréversibilité », laisse apparaître que les ressources ne sont pas illimitées et qu’il y a des équilibres à respecter. A titre d’exemples,
- Les disponibilités du charbon, du pétrole, de la forêt, de certaines espèces animales et végétales etc… sont en voie d’épuisement et de disparition, sans même qu’il y ait un système de compensation pour arrêter cette évolution.
- La mise en place de plantes dont les gênes ont été modifiés ( OGM ) dans le but d’accroître leur productivité et le gain financier des producteurs, a des répercussions, par voie de pollinisation, sur les plantes avoisinantes et sur les maillons de la chaîne alimentaire.
- L’introduction d’une espèce animale ou végétale dans un écosystème en équilibre, entraîne, selon une certaine forme d’envahissement, l’élimination d’autres espèces.
- Les scientifiques, soutiennent que l’excédent de CO2 dégagé, pose un double problème : C’est d’une part le phénomène connu de l’Effet de Serre, de la hausse de température et du niveau de la mer, et d’autre part le début de saturation de la capacité de stockage, dans les fonds marins, qui constitue une menace croissante. « Le monde est sur un volcan de CO2 ».
Si la température augmente, ce volcan va se dégager et du méthane va asphyxier le monde.
Le Maroc n’échappe pas à ces phénomènes, et il est même sur « la mauvaise pente ». La forêt du Rif a disparu; celle de la Mâmora la suit, ouvrant la voie à l’extension de la désertification aux portes de la métropole Rabat/Casablanca, regroupant les capitales administrative et économique du pays. Celle de l’Atlas, château d’eau du pays, suit également le même phénomène de disparition, ouvrant la voie de son côté à l’érosion et donc à la perte de la capacité de stockage des eaux. Il en est de même pour les richesses halieutiques, la sardine a disparu du littoral central du pays et le poulpe du sud suit sa trace.
 
2/ La gouvernance
Elle se définit à travers :
- Les lois et leurs normes et processus d’application : Là, le Maroc fait des progrès dans le sens de l’Etat de droit.
- La démocratie, qui rejoint la démarche de la participation des citoyens au fonctionnement des services publics de leur pays. Là, on souligne tout d’abord l’ampleur de la problématique car on est en face de larges pans de la société marocaine qui se sentent exclus, il s’agit notamment des femmes, des jeunes et des pauvres. Concernant les mesures prises, on peut se demander si le Maroc vit dans la phase de la transition ou dans un système « bâtard » et contradictoire, sans visibilité : Le gouvernement est dans une situation de faiblesse qui se traduit par l’incapacité d’appliquer les lois, et en même temps, il hésite devant la mise en œuvre effective des principes de décentralisation et de déconcentration, qui sont de nature à créer des élites locales capables de moderniser les structures traditionnelles et de trouver les solutions appropriées aux problèmes réels des citoyens.
- Le principe de la responsabilité, de la transparence et de l’acceptation de rendre compte. Il s’agit là d’un phénomène d’éducation et de culture de grande ampleur.
Ces insuffisances de la Gouvernance appellent deux décisions de la plus haute importance : La première est l’élaboration d’une vision, ou projet de société ou même d’un rêve vers lequel doivent converger les énergies de tous les citoyens et de tous les acteurs du développement du pays. La deuxième réside dans la constitution d’un gouvernement fort à la hauteur des défis actuels et à la mesure du projet de société élaboré.
 
3/ Les défis
L’accent a été mis sur les défis environnementaux relatifs au stress hydrique, à l’énergie, à la pollution, à la perte de terrain agricole en raison d’une urbanisation mal contrôlée, à la déforestation, au dépeuplement des oasis, à la désertification, à la crise du littoral, à la concentration géographique des richesses (40% sur 1% de la surface).
Ont également été mentionnés les défis relatifs à l’emploi, à l’éducation, à la communication et à l’esprit de militantisme.
Pour surmonter ces défis, l’accent a été mis sur la nécessité d’avoir confiance dans l’avenir du pays, de changer de comportement et de passer à l’action. En effet :
- La confiance dans l’avenir se justifie par le fait que le Maroc se trouve actuellement à la croisée des chemins, son bilan montre qu’il y a du bon et du mauvais ; l’exemple de la politique des barrages peut être une illustration, il en est de même pour les transitions vécues depuis 1995. Cette confiance invite à cesser d’examiner et de critiquer le passé car chaque décision se justifie par son contexte. Comme il faut cesser de se référer aux données des autres pays et d’en dire des « méchancetés », chacun a ses propres spécificités : La politique environnementale des USA peut être prise comme exemple d’illustration. 
-         Le principal changement du comportement consiste à inciter les marocains à aimer davantage leur pays, ceci ne concerne pas spécialement les exclus ou les RME, ceux qui résistent aux changements sont aussi concernés. L’amour du pays, sous toutes ses formes de nationalisme ou de citoyenneté etc…se traduit par l’alliance des cultures de réclamation des droits et d’acquittement des devoirs. Le nouveau concept de l’Autorité est une illustration pour les fonctionnaires de la fonction publique.
-         Concernant le passage à l’action, les 5 nœuds cités par le RDH 50 peuvent servir de guides:
·       Le savoir et l’éducation : La langue et les capacités de communication revêtent une grande importance ; 80 % des citoyens avouent ne pas comprendre ce qui se dit à la télévision. Le recours à l’arabe dialectal est la voie à suivre. Tout comme il est nécessaire d’éviter de continuer à bâtir le système éducatif sur des considérations politiques, (Généralisation, gratuité etc..) et idéologiques  ( Arabisation etc…) ; il y a lieu par contre de se baser sur le concept du développement.  
·       L’économie alliant entre la croissance et la répartition équitable doit sauver la classe moyenne et reposer sur une fiscalité d’équilibre social et non de collecte de recette. Les distorsions de répartitions de richesse se retrouvent dans la plupart des agrégats de la politique suivie : Caisse de compensation, écoles, milieux rural et urbain etc….
·       La santé est retenue comme priorité car le Maroc a à la fois les maladies des pays pauvres (paludisme etc..) et ceux des pays riches (cœur, diabète, cancer etc…) 
·       La Gouvernance, la démocratie locale, la proximité pour la réalisation des actions concrètes. A souligner que le coût de la mauvaise gouvernance coûte au pays 2,5 points du PIB comme celui de l’environnement est estimé à 2 ou 3 points. Le retard de la ratification des conventions internationales, comme celle de la biosécurité, a été cité comme un exemple de lacune de gouvernance. L’exemple de l’arganier a par contre été cité comme exemple de réussite.
·       L’inclusion selon les Objectifs Du Millénaire pour 2015, portant sur les 8 axes suivants : La réduction de la pauvreté et la faim, la généralisation de l’éducation, l’égalité des sexes, la réduction de la mortalité des enfants, l’amélioration de la santé, la garantie d’un environnement durable et la mise en place d’un partenariats mondial pour le développement.
 
En conclusion, il est important de noter que le Maroc vit actuellement un tournant historique dans son processus de développement, une étape d’établissement des bilans et d’élaboration des stratégies et d’initiatives tournées vers le futur. L’évolution s’accompagne, fort heureusement, de la mise en place progressive de nouvelles démarches d’intervention et de mécanismes annonciateurs de la promotion de la bonne gouvernance dans un certain nombre de domaines. Cette évolution est de nature à créer le cadre propice et des conditions plus encourageantes en faveur de la promotion du développement durable et de la protection de l’environnement dans notre pays.
 
                                                                                                

                                                              

 

 

 

 

 

Publié dans environnement

Commenter cet article