Sur les pas du bien-aimé Mohammed (BP sur lui) 23/23

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Episode 23: La trêve Al-Houdaïbiya

Introduction :
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Cet épisode aura une portée politique, puisque son sujet sera le traité de paix conclu à Al-Houdaïbiya, pour expliquer la relation que doit avoir un leader avec les gens. Vous allez découvrir au long de cet épisode que le terme « politique » n’a pas le sens que l’on peut imaginer, à savoir fausseté et tromperie mais renferme au contraire un sens riche et plein de profondeur.
Avant de continuer, je voudrais vous faire une remarque très importante. Au fur et à mesure que nous avançons dans la Sira du prophète (BP sur lui), faites attention à ne pas perdre de vue notre objectif principal. Je crains en effet que dans l’accumulation des événements tout au long de notre série ; nous perdions de vue la raison pour laquelle nous racontons la Sira. Notre objectif, rappelons-le n’est pas de raconter des faits, mais de démontrer que l’objectif du Prophète ou sa mission était : la réforme de la terre.
Au niveau personnel, cela se produit très fréquemment, vous vous fixez le but noble de servir l’Islam et de réaliser de grandes choses pour votre pays puis vous le perdez de vue très rapidement. Apprenez donc à bien définir votre but et à le garder toujours en tête, et ne laissez pas des événements momentanés vous dévier de votre parcours initial.
La sortie vers la Mecque :
Nous nous sommes arrêtés à la sixième année de l’hégire : Qoraïche est épuisée par les défaites successives ; beaucoup de ses chefs sont morts et son commerce a décliné. A cette étape précise, le Prophète (BP sur lui) avait une vision claire : les rôles sont inversés et Qoraïche se voit en ligne de défense plutôt que celle d’attaque. Médine est bien sécurisée des attaques extérieures et des émeutes intérieures. Mais les musulmans ne se sont pas dits : ’Nous sommes tranquilles à présent, vivons dans la paix, gardons jalousement notre bonheur et restons bien sagement aux côtés de notre Prophète (BP sur lui).’ Cela aurait été une grave erreur. Souvenez-vous que l’objectif n’était pas de trouver un endroit pour vivre tranquillement avec le Prophète et accomplir les rites religieux. Le message de l’Islam doit parvenir à la terre entière et pour que cela soit possible, le Prophète doit d’abord transmettre son message à toutes les tribus de la péninsule. Cependant, ceci n’était pas encore possible car toutes les tribus sont encore soumises à Qoraïche à cause de son pouvoir notamment religieux.
Pour pouvoir transmettre leur message librement dans la péninsule, les musulmans avaient donc deux choix :
·         Une nouvelle guerre contre Qoraïche, fort probablement victorieuse
·         Conclure une trêve et signer un pacte de paix entre les deux partis
Le Prophète (BP sur lui) a vite écarté la guerre malgré sa capacité de se venger de Qoraïche alors qu’elle est dans un état faible, parce qu’il est venu en paix et que ses premières guerres ont été imposées par Qoraïche pour l’anéantir avec ceux qui l’ont suivi. Pour le moment, nous imposons nos règles de jeu et nous sommes venus en paix sans pour autant fléchir sur la mission. Le pacte de paix a pour but d’établir le contact avec les arabes de la péninsule qui prêtent encore serment de loyauté à Qoraïche.
Mais comment parvenir à convaincre Qoraïche alors que ses chefs sont têtus et assoiffés de vengeance ? Il a donc fallu penser à une stratégie obligeant Qoraïche à signer un accord de paix. Allah a inspiré au Prophète (BP sur lui) via une vision pieuse d’accomplir une ‘Umra à la mosquée sacrée, entouré de ses compagnons en état de sacralisation. Le Prophète (BP sur lui) a donc suggéré de faire cette ‘Umra.
Les compagnons sont stupéfaits. Comment ? Visiter la terre de laquelle ils ont été chassés? Et y entrer sans armes ?
Cette initiative n’a pas été saluée mais regardons de près ce qu’il en a résulté : une gêne politique sans précédent pour Qoraïche qui avait à choisir entre trois solutions :
·         Refuser. Elle aurait trop à perdre : son statut de leader religieux. N’oublions pas que Qoraïche a obtenu son pouvoir religieux du fait qu’elle n’empêchait personne de venir visiter la maison sacrée. Si Elle empêchait le prophète et ses compagnons d’entrer à la Mecque, cette réputation serait ébranlée et elle perdra incessamment son pouvoir.En plus, le refus peut lui coûter une guerre alors qu’elle est déjà épuisée.
·         Accepter. Dans ce cas, les arabes sauront qu’il n’y a plus de conflit et ils prêteront oreille aux propos de Mohammed (BP sur lui).
·         Conclure un acte de paix et dans ce cas aussi, le prophète peut s’adresser librement aux tribus.
Dans les trois cas, les musulmans auront tout à gagner. Admirez donc la politique du Prophète (BP sur lui).
Que peut faire Qoraïche face à cette situation ?
Sa seule issue serait de répandre que Mohammed venait en guerrier et non pas en pèlerin, et pouvoir ainsi lui refuser l’accès à la maison sacrée sans craindre de reproches, n’est-ce pas ? Le Prophète (BP sur lui) a aussi pensé à cela, et il a décidé de se rendre à la Mecque pendant un mois sacré !
En outre, il a décidé de se diriger vers la Mecque en compagnie de musulmans et de non musulmans. Si Qoraïche s’avise à les contrarier, les non musulmans vont se retourner contre elle. Enfin, le Prophète (BP sur lui) a commandé de prendre des sacrifices pour prouver son intention et illustrant ce verset –qui peut être traduit comme : « Et accomplissez pour Allah le pèlerinage et l'Umra. Si vous en êtes empêchés, alors faites un sacrifice qui vous soit facile » (TSC[i], Al-Baqara (LA VACHE) : 196)
Qoraïche ne peut pas se permettre de lui donner l’occasion d’égorger les sacrifices en lui refusant l’accès à la Mecque sinon elle aurait toute l’opinion des arabes contre elle.
Vous remarquez le nombre de mesures que le Prophète se contraint à prendre afin de forcer Qoraïche à opter pour la paix ?! Il aurait pu les achever par la guerre et il avait les moyens de le faire puisque les compagnons n’attendaient que de mourir en martyrs sauf qu’il n’y avait pas une cause convaincante pour procéder de la sorte, la paix étant possible désormais.
Les compagnons avaient le moral très haut. Leur nombre a atteint 1400 personnes. Les mouhajirines surtout  étaient heureux de revenir sur leurs terres et dans leurs foyers désertés depuis six ans. La horde a commencé à affluer vers la Mecque. Un mouvement pareil ne pouvait pas passer inaperçu et Qoraïche en apprenant que les musulmans venaient pour la Umra, jura de leur refuser l’accès à la maison sacrée. Elle envoya donc un régiment de 200 cavaliers, Khaled Ibn Al-Walid à leur tête, pour attendre le flot des pèlerins en cours du chemin et l’arrêter loin des frontières de la Mecque. La machination de Qoraïche dans son entêtement fut rapportée au Prophète (BP sur lui) qui a demandé l’avis des compagnons. Notez que le Prophète demandait constamment l’avis des autres, c’est là une qualité de leader nécessaire pour former un groupe solidaire et faire corps avec ceux qu’il gouverne. La solidarité est une notion récurrente dans tous les actes du Prophète (BP sur lui) et son impact est impressionnant.
L’avis d’Abou Bakr fut de ne pas déclarer la guerre parce qu’ils sont tous sortis pour la ‘Umra. Mais que si les Quraychites les combattaient, ils devraient leur livrer une guerre sans merci afin que les musulmans puissent accomplir le rituel. Cependant, le Prophète (BP sur lui) voulait éviter la guerre à tout prix. Il demanda donc qu’on lui indique un chemin, même difficile, pour éviter Khaled Ibn Al-Walid avec sa troupe de cavaliers et atteindre les frontières de la Mecque sans aucun incident. Les compagnons relataient aussi un incident qui révèle le sens d'humanité du Prophète. Ils racontent qu'en route vers la Mecque, arrivés à un col abrupt qui les força à emprunter des chemins sinueux, ils trouvèrent une chienne qui avait accouché en plein passage de la troupe. Le Prophète leur ordonna de contourner l'animal en rebroussant chemin et cherchant d'autres passages. Aux compagnons déjà fatigués et contrariés par cet effort inattendu, le Prophète dit : ne l'apeurez pas. Paix et Bénédiction sur le Prophète qui était à la fois politicien, miséricordieux et incontestablement messager.
On lui indiqua un chemin et ainsi progressèrent-ils jusqu’à ce qu’ils parviennent à atteindre Al-Houdaïbiya (à 9 miles de la Mecque). Le plan de Qoraïche a donc échoué et Khaled s’est vu contraint de regagner la Mecque pour avertir sa tribu. Mais le mal était fait pour Qoraïche et les musulmans attendaient d’entrer à la Mecque et accomplir les rituels de la ‘Umra sinon la même gêne politique persistait, sans une solution en vue. Elle fit appel aux grands chefs de la péninsule arabe se trouvant dans les environs de la Mecque pour se réunir et trancher. Les personnes invitées étaient jeunes, dénués de sagesses, téméraires et irréfléchis et animés par la vengeance. Abou Soufiane fut évincé temporairement des affaires de Qoraïche à cause notamment de la défaite de la tranchée.
Revenons aux compagnons qu’on a laissés à Al-Houdaïbiya. Quand ils étaient arrivés, ils avaient soif et cherchèrent un puits pour assouvir ce besoin. Le Prophète a demandé s’ils avaient encore de l’eau et la réponse était que oui, mais si peu. Le Messager d’Allah (BP sur lui) fit alors ses ablutions avec le peu d’eau qui restait et a multiplié les invocations puis ordonna de verser l’eau dans le puits et de lancer une flèche vers son fond. Ainsi fut, l’eau jaillit du puits au point de permettre à toutes les personnes de faire leurs ablutions, boire et voire même se laver, et ce, durant vingt jours.
En voulant partir sur les sentiers de la Mecque, la chamelle du Prophète (BP sur lui) a refusé de bouger d’une semelle malgré tous les efforts. On a cru qu’elle désobéissait à son maître, mais le Prophète affirma qu’elle a eu l’attitude de l’éléphant d’Abraha à l’entrée de la Mecque. La chamelle était porteuse de signe qu’il y aura conflit entre les deux partis et décourageait les autres de partir. Le Prophète (BP sur lui) a ordonné de camper encore, sans faire de guerre ni effectuer de ‘Umra. Vu la confiance qu’avaient les croyants en leur chef (le Prophète), ils l’ont soutenu dans sa décision et y sont restés en un geste de solidarité. La réflexion du Prophète était : « J’en jure par Allah que si Qoraïche me proposait un pacte dans lequel les liens de parenté sont prioritaires, je l’accepterai volontiers »
Le traité d’Al-Houdaïbiya :
Le Prophète (BP sur lui) a eu l’initiative d’envoyer en tant que messager à Qoraïche un des compagnons appelé Kharach Ibn Oumaya pour leur dire qu’il venait accomplir la ‘Umra (avec le rituel de l’offrande) et non pas pour faire la guerre et qu’il partira une fois le rituel effectué. Notez qu’il n’a pas mentionné le traité de paix parce qu’ils ne sont pas prêts à le faire ou à l’entendre. Bientôt nous allons voir le Prophète (BP sur lui) sur la table des négociations essayant d’avoir plus de gain et moins de perte possible. Ce qu’il voudra obtenir est de faire parvenir sa mission aux gens. Les négociations sont un art et ne se font pas n’importe comment en multipliant les concessions ou l’abandon de certains droits et principes parce qu’il ne faut pas perdre de vue le but pour lequel on négocie. La personne que Qoraïche avait choisie était Boudayl Ibn Al-Waqâa que le Prophète (BP sur lui) a désigné comme étant un homme sage. Le Prophète avait six points à présenter au messager des Quraychites résumant la situation et ses demandes :
-    Dites leur que je ne suis pas venu en guerre ou combattre personne mais pour accomplir la ‘Umra
-    Dites leur que Qoraïche est épuisée par la guerre et que vos intérêts ont subi des séquelles
-    Dites leur que s’ils veulent fixer un délai de trêve, je suis partant
-    Dites leur qu’ils ne se mettent pas entre moi et les gens
-    Dites leur que s’ils veulent intégrer la sphère que les gens intègrent dans la religion d’Allah, j’en serai content.
-    Dites leur que s’ils refusent de m’accorder de parler aux gens ou conclure un traité de paix, je jure par Allah qui n’a pas d’associé que je vais me livrer à leur faire la guerre jusqu’à ce qu’ils soient exterminés.
N’est-ce pas un acte de pure grandeur : il est en position de force et il tend la main par la paix. Boudayl a affirmé avoir entendu ce que le Prophète a dit et il a déclaré devant les autres de ne pas barrer le chemin du Messager d’Allah parce qu’il invite au meilleur parti de la vie. Va-t-il entrer à la Mecque par la force et en dépit de Qoraïche ? Boudayl a énuméré les points sus mentionnés et a décidé de quitter l’endroit en conseillant de laisser entrer le Prophète (BP sur lui). Ainsi, notre Messager a su disloquer l’union des Quraychites qui lui ont envoyé un autre homme que le Prophète (BP sur lui) a qualifié de traître : Mekrim Ibn Hafs. Le prophète lui répéta les mêmes paroles qu'il avait dites à Boudayl. Mekrim s'en fut à la Mecque sans plus de succès.
Alors on envoya Al-Houdhayf Ibn Alqama le chef des Ahabiches. Quand le prophète le vit il dit à ses compagnons : ‘cet homme est quelqu'un qui vénère les rites de Dieu, faites défiler les offrandes devant lui et élevez vos voix en disant la talbia (des mots scandés par les pèlerins).’ L'homme impressionné par ce spectacle fit demi tour. Il regagna la Mecque et dit aux Quraychites : ô gens de Qoraïche, vous laissez les gens les plus vils d'Arabie visiter la maison sacrée et vous voulez empêcher le fils de Abd Al-Mouttalib de le faire ?! Par Allah il n'est venu que pour cela, et malheur à vous si vous vous entêtez dans votre obstination.
Les Quraychites se vexèrent d'avantage aux propos d'Al-Houdhayf et celui-ci se retira de cette alliance et repartit avec les siens.
Les Quraychites se tournèrent alors vers Omar Ibn Mass’oud le chef des Bani Thaqif. ‘Omar Ibn Mass’oud accepta à condition qu'on se rende à sa parole et de ne point révoquer un éventuel accord qu'il passerait avec le Prophète. Il partit donc vers le campement des musulmans négocier avec le prophète. ‘Omar Ibn Mass’oud était un homme intelligent et voulait amoindrir la valeur des musulmans et les humilier avant d'entamer les négociations afin d’en tirer le maximum d’avantages au profit de Qoraïche.
Il dit au Prophète : je me rends compte que tu n'as réuni autour de toi que les plus infortunés des gens et les plus vils d'entre eux. Les gens que j'ai laissés derrière moi ont mis leurs peaux de tigre et te livreront le combat le plus dur et tu verras que tes prétendus compagnons s'enfuiront dans tous les côtés.
Abou Bakr s'emporta et invectiva ‘Omar Ibn Mass’oud. Celui-ci s'indigna et dit au Prophète qui peut bien être cet homme qui s'est permis de l'insulter. Le Prophète lui répondit que c'était Abou Bakr. ‘Omar Ibn Mass’oud se souvint avoir commercé par le passé avec lui. Alors il luit dit : si ton bienfait ne t'avait pas précédé, je t'aurais rendu ton insulte. Le Prophète fit assister à cette rencontre Abou Bakr justement pour démontrer à Ibn Mass’oud que ses compagnons ne sont pas les plus vils des gens mais qu'ils étaient des nobles parmi les siens. Il réservait une autre surprise à Ibn Mass’oud, il fit assister aussi le cousin d'Ibn Mass’oud, Chou'âba Ibn Al-Moughira, à qui il fit porter une armure de la tête aux pieds. Ibn Mass’oud en parlant avec le Prophète tentait à chaque parole de tirer la barbe du Prophète, alors Chou'âba qui montait la garde près de ce dernier lui administrait sur la main un coup par le bout de son épée, et celui-ci retirait sa main. Quand Ibn Mass’oud récidiva, Chou'âba fit de même et lui administra cette fois un coup plus fort. Celui-ci retira sa main promptement et demanda au Prophète qui était ce soldat qui le rudoyait de cette façon. Le Prophète lui répondit que c'était son propre cousin, lui montrant ainsi que ses compagnons sont issus de familles de renom.
Puis le Prophète s'excusa auprès d'Ibn Mass’oud pour se préparer à la prière et demanda qu'on lui apporte de l'eau pour qu'il fasse ses ablutions. Et pendant qu’il les faisait, les compagnons se bousculaient pour prendre le reste de l'eau avec laquelle le Prophète s'était purifié et la passer sur leurs visages comme une eau bénite. Ce spectacle acheva de convaincre Ibn Mass’oud qui repartit vers la Mecque et dit aux Quraychites : ne vous opposez pas à cet homme, par Allah j'ai vu des rois sur leur trône et dans leur majesté, mais je n'ai pas vu quelqu'un qui est vénéré comme les compagnons de Mohammed vénèrent Mohammed !
Qoraïche ne sut plus quoi faire. Ceux qui haïssaient le Prophète proposèrent d'envoyer Khaled Ibn Al-Walid les provoquer dans des escarmouches et pousser les musulmans à réagir de sorte qu'ils puissent dire que c'est Mohammed qui a commencé le premier. Khaled Ibn Al-Walid partit en compagnie de soixante-dix hommes et se dirigea vers le campement des musulmans. Arrivé aux abords du campement, il envoya quarante hommes pour s'y infiltrer. Ceux-ci furent capturés par la garde des musulmans. Mais le Prophète qui était venu en paix ne les tua pas et ne les garda pas prisonniers chez lui, mais ils les renvoya ligotés à la Mecque. 
Le Prophète décida d’envoyer lui-même des hommes pour discuter avec les Quraychites. Il appela ‘Omar Ibn Al-Khattab pour le charger de cette mission mais ‘Omar lui dit :
- « Je crains que Qoraïche ne me tue, ils savent que je les déteste. Je t’indique celui qui pourrait y aller et qui est mieux que moi pour cette mission. »
Le Prophète envoya alors Othman Ibn Affane à la Mecque pour annoncer à Abou Soufiane et aux nobles de la tribu qu’il était venu en paix et en visiteur de la Ka’ba, et le chargea aussi de passer par les musulmans faibles et démunis de la Mecque, et de leur passer ses salutations.
Les Quraychites décidèrent de retenir Othman chez eux et faire croire au Prophète qu'ils l'avaient tué et le pousser ainsi à la guerre. Quand le Prophète eut l'écho de cette rumeur, il se révolta et réunit tous les musulmans sous un arbre et leur demanda de prêter serment avec lui pour venger la mort de Othman. Il n’était pas venu pour faire la guerre, mais les Quraychites avaient assassiné son ami et son messager. Il ne pouvait pas ignorer cette trahison. Les musulmans lui prêtèrent un serment d’allégeance appelé serment du Radwane.  Et ces versets furent révélés; Allah (exalté soit-Il) dit-ce qui peut être traduit comme : " Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t'ont prêté le serment d'allégeance sous l'arbre. Il a su ce qu'il y avait dans leurs cœurs, et a fait descendre sur eux la quiétude, et Il les a récompensés par une victoire proche. "(TSC, Al-Fath (LA VICTOIRE ECLATANTE): 18). Mais avant que les Musulmans ne partent pour venger Othman, celui-ci revint accompagné d’un Quraychite venu négocier la trêve avec le Prophète. Qoraïche qui a su que le Prophète était décidé à venger son messager, prirent peur et s'inclinèrent enfin et envoyèrent avec Othman, Souhayl Ibn Amr. A la vue de l’homme, le Prophète dit aux Musulmans : « Les gens cherchent la réconciliation puisqu’ils ont envoyé cet homme ».
Souhayl s'assit devant le Prophète et s'excusa pour avoir retenu Othman et pour l'incursion de leurs soldats. Quand le Prophète s'enquit de ce que voulait Qoraïche, Souhayl lui dit qu'ils voulaient que les musulmans n'entrent pas à La Mecque cette année là. Le Prophète accepta. Ceci déconcerta ses compagnons qui étaient sortis de Médine dans le but de faire le pèlerinage.
Souhayl déclara encore que la deuxième année, les musulmans pourront visiter la Mecque mais ils ne pourront y rester que trois jours. Le Prophète accepta encore. En contrepartie les Quraychites s'engageaient à instituer une trêve de dix années durant lesquelles ils ne lèveront pas leurs armes contre les musulmans. Le Prophète ajouta une autre condition; à savoir qu'il est possible aux autres tribus de rejoindre ce pacte, soit du côté de Qoraïche ou celui des musulmans.
Les compagnons, qui avaient sans doute perdu de vue le but que le Prophète s’était désigné à savoir profiter du temps et de la paix pour transmettre son message à toutes les tribus, retenaient difficilement leur colère.
Le prophète demanda à Ali de rédiger les clauses de la trêve et lui dicta.
Ecris : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. »
Souhayl leur dit : « je ne connais pas cela, écris « En Ton nom Allah »
Le Prophète demanda à Ali d’écrire ‘En Ton Nom Allah’. Il lui dit écris « ceci est le traité de paix entre Mohammad le messager d’Allah et Souhayl Ibn Amr » Souhayl l’interrompit : « Si je t’avais reconnu comme messager je ne t’aurais pas fait la guerre, écris ton nom et celui de ton père »
Le Prophète dicta à Ali : « Ecris, ceci est le traité de paix entre Mohammad Ibn ‘Abdullah et Souhayl Ibn Amr.” Ali Ibn Abi Taleb s’exclama en colère : par Allah je ne puis effacer cela ô messager d'Allah. Alors le Prophète qui ne savait pas lire demanda à Ali de lui montrer le mot et il l'effaça de sa main.  Puis ils se mirent à porter les clauses de la convention.
Les compagnons qui n’assimilaient pas encore la raison pour laquelle le Prophète fit toutes ces concessions s’interrogeaient entre eux avec stupeur mais n’osaient pas en parler au Prophète. Ils pensaient visiter la Mecque cette année et voilà que le Prophète se mettait d’accord avec les Quraychites pour ne revenir que l’année d’après. De plus, celui qui viendrait vers le Prophète des Quraychites sans la permission de son maître devait leur être rendu tandis que celui des Musulmans qui partait chez eux ne devait pas l’être. En ce même moment, Abou Jandel le fils de Souhayl Ibn Amr s'approcha du campement des musulmans en courant. Il avait embrassé l'Islam mais ses parents l'avaient enfermé et torturé. En apprenant que le Prophète était près de la Mecque, il leur échappa et vint le rejoindre dans son campement. Alors Souhayl Ibn Amr dit au prophète que s'il offrait la protection à Jandel, il reviendrait sur ses engagements et considérerait les clauses de l'accord comme nulles. Le Prophète dut refuser son asile à Jandel et laisser les Quraychites le ligoter et le reprendre avec eux. 
Omar perdit patience et alla vers le prophète et lui dit :
- « O messager d’Allah, n’es-tu pas le Prophète ? »
Le Prophète répondit :   
- « Si. »
Omar lui demanda :
- « Ne sommes-nous pas des Musulmans ? »
Le Prophète répondit :
- « Si. »
- « Ne sont-ils pas les polythéistes ? »
- « Si. »
- « Pourquoi donc acceptons nous que notre religion soit avilie ? »
Le Prophète lui dit : « Je suis le prophète d’Allah et Son serviteur, je ne contredirai pas Son ordre et Il ne me laissera pas tomber ».
Le moment était critique, et exigeait des compagnons obéissance et résignation. Les compagnons ne perçurent pas les avantages que le Prophète réussit à obtenir de cette trêve. Comme il nous arrive à nous tous que nous soyons contrariés dans nos projets par des entraves de parcours que Dieu envoie pour nous éprouver, celui qui saura garder dans l'esprit le grand but de sa vie ne devrait pas fléchir.
La sourate Al-Fath fut alors révélée au Prophète. Allah (exalté soit-Il) dit-Ce qui peut être traduit comme: "En vérité Nous t'avons accordé une victoire éclatante," (TSC, Al-Fath (LA VICTOIRE ECLATANTE): 1). Allah n'a pas qualifié la victoire des musulmans par le passé comme des victoires éclatantes mais la trêve d'Al-Houdaïbiya était une victoire éclatante.
Le Prophète demanda à ses compagnons de se raser (un rite du pèlerinage) pour repartir à Médine, mais aucun d'eux ne bougea. Le Prophète contrarié entra dans sa tente et trouva sa femme Oum Salama. Celle-ci lui prodigua alors un conseil fort précieux. Elle lui dit d'aller se raser lui-même devant ses compagnons et ceux-ci l'imiteront quand ils le verront faire. Le Prophète suivit son conseil et sortit et se rasa. Les compagnons en firent autant non sans regret.
Les musulmans ne se rendirent compte des acquis de cette trêve qu'un an après l'accord, lorsque les tribus arabes commencèrent à embrasser l'Islam et affluer à Médine prêter serment d'allégeance au Prophète. Le nombre des convertis durant les deux années qui suivirent la trêve fut plus grand que le nombre de tous ceux qui ont embrassé l'Islam depuis le début de la révélation et ce fut vraiment une victoire éclatante.
‘Omar racontait qu'il a multiplié prières et jeûne pour que Allah lui pardonne les paroles qu'il avait dites au prophète ce jour là.
Plus tard après le retour du Prophète à Médine, un autre homme ; Abou Bacir, s’enfuit de la Mecque et arriva à Médine pour rejoindre les musulmans. Deux hommes de Qoraïche le suivirent et exigèrent du Prophète qu'il le rende en se conformant à l'accord passé entre eux. Le Prophète dut encore accepter et il leur remit Abou Bacir.
En chemin celui-ci réussit à duper ses gardiens, il tua l’un d’eux alors que l’autre s’enfuit terrorisé. Le gardien rescapé revint vers le Prophète et lui demanda de lui livrer Abou Bacir. Mais Abou Bacir refusa de se laisser capturer et dit au Prophète qu'il ne se rendrait pas et pour ne pas embarrasser le Prophète, il alla vers la côte de la mer et s'y établit. Il entreprit avec les autres musulmans qui se sont enfuis de la Mecque de mener des attaques furtives sur les caravanes de Qoraïche qui passaient par là, ce qui accentua encore plus les problèmes économiques de Qoraïche à tel point qu'Abou Soufiane alla à Médine et demanda au Prophète de rectifier les clauses de l'accord et de laisser désormais les convertis de la Mecque rejoindre le Prophète à Médine. Le Prophète sourit alors et regarda ‘Omar. Le Prophète écrit alors aux musulmans qui se sont établis près de la mer de revenir à Médine.
Conclusion :
La leçon d'aujourd'hui, c'est que nous ne devons jamais perdre de vue le grand objectif que nous nous sommes fixés, à savoir réformer la terre, et nous ne devons jamais nous laisser tromper par les incidents rencontrés dans notre parcours. Nous avons aussi pu apprécier dans cet épisode la formidable cohésion des compagnons avec le Prophète et leur obéissance à ses ordres

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